Billet du jour

Youyi

par El-Guellil Le quotidien d'Oran (22 Mai 2010)

Qui va marier qui ? Quand ? Qui épousera qui, avec qui ou contre qui se fera l'alliance ? C'est réglé. Les deux parties sont trouvées et c'est parti le début du commencement des cérémoniales dépenses. Les nécessaires et les facultatives.

 Faut faire ce qu'on peut avec ce qu'on a. Comme les autres. Un peu plus s'il y a du plus. Mieux, c'est tant mieux. Elle a fait bli, je fais bleu. Elle a feu vert, je brillerai de tous les feux. Elle a karakou, je kara qui la fera rugir. Elle ksentiniera, je sarirai .Elle kaftanera grenat because l'autre a verdi son velours. Chedda face à chedda même fi oueqt echedda. Elle a paruré or jaune, or je parurai or blanc. Le traditionnel se mélangera au moderne, au tunisien, au marocain, au pakistanais, à l'indien et l'un doux. La dernière robe de soirée italienne spaghettiti pour éblouir les invitis.

 Au fait, qui faut-il convier ? L'autre ne s'entend pas avec lokhra, pourtant c'est les deux que je veux voir. Seulement voilà, faut faire un choix. Elle a des enfants et si je m'amusais à permettre l'arrivée des enfants, c'est le poulailler. Il faut donc commencer par les couples sans enfants, sinon les tables seront occupées par des enfants sans couple.

 Oui mais, avant toute chose, il faut choisir une salle propre qui pourrait contenir tous les convives sans qu'il y ait la pagaille. Faut pas qu'elle soit trop loin ni trop proche. Parce qu'il paraît que le mari va entrer à cheval sur ses principes. Donc, il faut pas que le lieu de la fête soit loin du café de la cérémonie.

 Et tout ce beau monde doit, bien entendu, manger. El-hergma, Hrirasaladefelflabourekpouletmechoui ou non…, tekmel berqouq. Limonade, eau minérale, fruits, gâteaux. Et comme les épousailles des enfants coïncident avec la date de mariage des parents, c'est la pièce montée du pépé et de la mémé qui trône au milieu de la salle défaite par des chansons qui datent d'un autre siècle.

 L'animateur D.J. engage un slow, «Tous les garçons et les filles de mon âge»: tous les vieux couples se mettent sous la lumière tamisée aux bizbizades nostalgiques… Allons, voyons messieurs-dames, disait l'aveugle ! A la sortie, un plaisantin avait dit qu'on devait finir par distribuer des couches pour adultes.

 Cette histoire n'est que pure fiction. S'il y a des gens qui s'y reconnaissent, c'est tant mieux

Recit d'un anakonaute ...
Point de vue

par El-Guellil (le quotidien d'oran 03 Avril 2009)

«Je travaille nuit et jour, si on me le demande, à condition que je sois payée en conséquence, mais qu'on me permette d'acheter le journal que je veux...»

Otchimine ne reconnaissait plus sa voisine, la blonde infirmière. Elle qui ne parlait que de maquillage, de voyance, la voilà qui s'installe pour défendre la pluralité de l'information... Il est bien entendu, disait le «bogado», que le paysage médiatique est un élément fondamental et révélateur de la démocratie. C'est extraordinaire et très beau de voir s'épanouir différents titres. L'avocat aimant s'entendre parler, il usait du geste et du cérémonial qui sied dans ce genre de discussion, surtout quand l'auditoire jouait le jeu. Aujourd'hui, l'occasion lui est donnée. Tous les voisins sont conviés chez «el-morkanti» à l'occasion de l'arrivée de son fils «mel-ghorba». «Tant qu'il y a des ‘jranine', rana ghaya ! Tout marche. La preuve: avant, quand il n'y avait qu'un seul, ‘kanette khatouffa'», leur dit le grossiste d'en bas. Zogha affichait son sourire de star en mâchant son chewing-gum Hollywood... L'émigré, le fils d'el-morkanti, n'est pas mal, se dit-elle, et puis «ezzine» ne se mange pas en salade. C'est vrai qu'il est un peu âgé, mais elle sait que la raison essentielle de sa visite au bled est de trouver femme. Elle avait mis sa plus belle robe et s'était faite plus blonde que d'habitude, car elle voulait éblouir ce célibataire endurci par son niveau intellectuel. Les interventions du grossiste et de l'avocat lui ont donné l'occasion. «Daboghe, pour répondre au bogado, je sais que s'il encourage la multiplication des journaux, c'est paghce qu'il pense que plus il y augha de titghes, plus il y augha de diffamation, et plus il augha de travail. Alors, il peut chanter vive la démocratie. Quant à jarna, le grossiste, la seule fois où je l'ai vu discuter de journane, c'est quand il s'agit de l'acheter au kilo. Alors, tabtabe sur une autre porte que celle de la démocratie!». «Ça va», dit l'émigré en remettant le journal qu'il lisait à Zogha. «Ça va, ça commence à se décoincer. J'ai remarqué qu'il y a des petites annonces de mariage dans la presse...» Zogha rougit, s'arrête de maltraiter son chewing-gum. Elle fait le plus beau sourire à l'émigré. «Tchu sais, quelquefois, des filles de grande famille ont recours à ce genre d'annonce. Sait-on jamais, El-Mektoub ! En plus il est plus décent de s'exhiber fi jornane que fi hammam».
Ni zhar ni mimoun
par El-Guellil (Le quotidien d'oran 09/03/2009)
Meskina ma Zogha, ma voisine est malheureuse. Ses cheveux commencent à prendre la poudre d'Escampette. «ya pas mieux que le henné», n'arrête-t-elle pas de répéter, aujourd'hui mine tafrett, à qui veut bien lui prêter l'oreille.

C'est que sa chevelure en a vu de toutes les couleurs. Toutes les marques de teintures y sont passées. Les vraies, les taïwan, tailles-toi. Bettaille-taille, chaque semaine, un autre ravalement de façade. C'était en rapport avec les petites annonces qu'elle faisait paraître sur les «hebdomadaires» agences matrimoniales. «Jeune fille blonde possède logement, cherche homme sérieux pour fonder famille». Là voilà donc blonda !

La semaine d'après, c'était... «jeune femme, responsable... rousse... cherche... et plus si affinité». Et vas-y, un autre ravalement de façade... ». Rencontre sur rendez-vous. Haut les mains ! Rien. Blonda, niet, roussia, oualou ! Ni braya ni tilifoun. Brunette... puis... «Femme mûre, brune, possède murs et fonds cherche...». Elle cherche la meilleure teinte noire corbeau... «si votre ramage se rapporte à votre plumage...» elle sent qu'on l'approche juste pour le toit. «Toi tchu es un flatteur qui veut vivre aux dépens de celui qui l'écoute ». C'est qu'elle n'était pas dupe... Tu me vantes, alors du vent ! La fable de Lafontaine elle la connaît par coeur. Elle s'en souvient comme de la fontaine publique qui n'existe plus dans le quartier populaire où elle a habité, grandi et hérité de l'appartement. Parler de l'âge d'une femme étant discourtois, vous avez donc une idée des journées de la femme qu'elle a vécues attendant le prince charmant.

Ces derniers temps, elle a abandonné son entrepreneur, son salon de coiffure et « distitique », pour une autre esthétique. Elle veut aller « ramener une omra ». L'imam par i-mail lui confirme que pour ce faire, il lui faut un homme, un accompagnateur. Grand Dieu elle n'est pas sortie de l'auberge.

Elle se met donc à sillonner tous les proches et connaissances. Jusqu'à ce qu'elle trouve un jeune cousin fraîchement sorti de la zitouna qu'on donne en kémia. Il est prêt à faire le voyage, à condition qu'elle prenne en charge les frais de la Omra pour deux. Elle lui passe son passeport, l'argent et... quelques semaines après, on apprend que le jeune est en Espagne dans un centre de rétention pour «harraga». Elle s'est arrachée les dernières tiffes. Ya latif... la zhar la mimoun la qassam zine...

Définition par El-Guellil (Le quotidien d'oran)

Manifestation soudaine ou aggravation d'un état morbide, voilà la définition du mot crise fi Larousse. La blonde, elle, la blonde Zogha, ma voisine d'infirmière, n'en donne aucune définition de la crise financière. Comment le pourrait-elle quand des économistes et pas des moindres, sont unanimes à observer «l'insuffisance des outils d'analyse à même de favoriser la compréhension précise de la crise financière qui touche l'ensemble des systèmes économique de la planète?» La blonde Zogha, ma voisine d'infirmière, à la limite, pourrait vous parler de crise cardiaque «ayayaye, vous dira-t-elle, l'infarctus du myocarde, si tu ne t'y prends pas à temps c'est direct la convocation chez Moulana». La crise de nerfs, nous autres Algériens on l'a apprivoisée el-meskina. Qui, de nous n'est pas en état d'agitation avec ou sans crise? Familièrement on appelle ça kérrèze. C'est-à-dire le kérosène lui est monté à la tête. En bon français, on dit de quelqu'un qui a un brusque accès de colère et qui perd la maîtrise de soi qu'il a crisé, c'est dire que chez ma blonde infirmière y a pas que «libra» et la seringue dans ses bagages. Elle peut vous parler de la crise économique qu'a traversé le pays, quand, pour l'acquisition d'une plaquette d'oeufs, il fallait connaître le patron des douanes afin qu'il intervienne auprès du planton de Souk el-Fellah. Qu'est-ce qu'il ne fallait pas faire pour une omelette! La crise de logement aussi, elle pourrait vous réciter toute une poésie pour bite et cousina... Sur la crise de confiance qui règne fel bled, aujourd'hui, elle n'aime pas s'étaler. En conclusion, elle vous dira que tout est en crise, tout coule comme le «Titanic». Et ce n'est pas pour rien que l'acteur principal s'appelait «Tom Crise». Alors la crise fi Nancière, fi Alger ou fi Ouahrane, fina, fina, on doit la prendre au sérieux.

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